peur irrationnelle dans un supermarché, hypnothérapeute Cavaillon

Phobie : cette peur irrationnelle qui ne vous lâche pas

Vous êtes dans les rayons. Une liste de courses à la main, rien d’autre à faire qu’avancer entre les étagères.

Et puis ça monte. Le cœur qui s’accélère. La gorge qui se serre. Une chaleur qui envahit tout le corps. Une seule pensée occupe l’espace : sortir. Maintenant. Peu importe le panier, peu importe ce qui manque encore.

Vous respirez. Vous vous forcez à marcher normalement jusqu’à la sortie. Une fois dehors, ça redescend, doucement. Et vous vous en voulez. D’avoir encore eu peur… de rien. Avec cette impression d’être anormale.

Parce que vous savez que c’est absurde. Vous le savez très bien. Mais votre corps, lui, ne veut rien savoir. Cette peur irrationnelle, envahissante et tellement ridicule, c’est ce qu’on appelle une phobie.

Et cette réaction n’a rien d’un caprice ni d’un manque de volonté, même si c’est souvent ce qu’on vous laisse entendre.

Ces peurs qui n'ont aucun sens

Le supermarché n’est qu’un exemple parmi d’autres.

L'enfermement

L’avion. La porte qui se ferme. Vous avez pris un cachet avant d’embarquer, pour dormir, pour ne rien sentir. Ça ne marche pas.

Premier trou d’air. Votre main se referme sur celle de votre voisin, sans lui demander. Vous ne le connaissez pas. Il ne dit rien.

Vous blêmissez. La bouche sèche. Le sachet dans la poche du siège, juste au cas où.

Encore trois heures.

Le vide

peur du vide, phobie, Sophie Lucas hypnose humaniste et EMDR

Il était beau, ce château, avec son escalier extérieur qui domine la vallée. Vous aviez envie, vous aussi, de monter tout en haut.

À mi-parcours, vos jambes se dérobent. Vous vous retrouvez à quatre pattes, à grimper marche par marche.

Vos amis trouvent ça cocasse, rient de bon cœur. Persuadés que vous plaisantez.

Parler en public

Votre nom sur la première diapositive. Tous les regards tournés vers vous.

La première phrase sort mal. Trop vite. La voix qui déraille sur un mot simple.

Vos mains tremblent. Vous posez vos notes sur la table pour que ça ne se voie pas.

Le silence qui suit vous semble durer une éternité. Vous priez pour que personne n’ait rien remarqué.

Perdre le contrôle de son corps

Une randonnée. Un chemin que vous connaissez. Un serpent traverse soudain le sentier, à un mètre de vous. Les autres s’arrêtent, le regardent partir, plaisantent presque.
Vous, votre vision se trouble. Vos jambes se dérobent. La personne à côté de vous vous rattrape avant que vous ne tombiez.

Ou c’est un bruit, entendu à travers une porte de restaurant. Quelqu’un qui est malade, aux toilettes. Vous n’avez rien vu. Et pourtant. La vague monte quand même. Aussi violente que si vous y étiez. Vous sortez prendre l’air avant même de comprendre pourquoi.

Et cette petite voix, la vôtre, qui vous répète que vous exagérez, que d’autres vivent ça très bien, que vous devriez pouvoir vous raisonner. Vous ne pouvez pas. Ce n’est pas une question de volonté. Et vous allez comprendre pourquoi.

Ce que les autres ne comprennent pas

« Il suffit de te forcer. » « Tu exagères. » « Tu ne peux pas avoir peur de ça quand même. » Vous avez entendu une version de ces phrases plus d’une fois, dites avec plus ou moins de gentillesse, mais toujours avec la même conclusion silencieuse : que vous en faites trop.

Sur l’escalier du château, vos amis plaisantent gentiment sur votre position à quatre pattes, sans se douter qu’à cet instant, vous ne plaisantez pas du tout. Vos collègues s’étonnent que vous preniez le train pour un trajet de six heures, alors que l’avion serait tellement plus simple.

Votre entourage, à force de constater que « ça ne s’améliore pas », se lasse d’adapter les sorties, les trajets, les habitudes autour de votre peur.

Vous, de votre côté, vous avez fini par anticiper leur réaction avant même qu’ils l’expriment. Vous minimisez en premier, pour ne pas leur laisser l’occasion de le faire à votre place. « Ce n’est rien, j’ai juste besoin d’un moment. » Alors que ce n’est pas rien du tout.

Le problème, ce n’est pas qu’ils manquent de bienveillance. C’est qu’une phobie ne se voit pas de l’extérieur, ou si peu. Pour eux, une prise de sang n’est qu’un mauvais moment à passer. Une araignée, une petite bête « qui ne va pas manger la grosse ». Ils n’ont aucun moyen de savoir ce que vous vivez vous, dans votre corps, à cet instant précis.

Ce qui verrouille une phobie

Une peur, normalement, sert à quelque chose. Elle vous met en garde contre un danger, vous pousse à réagir, puis s’éteint une fois la menace écartée. Une phobie, c’est ce même système qui n’a jamais reçu le signal que c’était terminé, et qui continue de tirer la sonnette d’alarme.

Ce qui déclenche cette fausse alerte n’est pas toujours identifiable de la même façon pour tout le monde, et c’est important de le dire, parce que beaucoup de personnes se sentent encore plus perdues quand elles ne retrouvent aucune origine claire à leur peur.

Parfois, il existe une scène précise. Comme cet homme qui à 18 ans a dévissé en escalade et est resté suspendu, dans le vide, pendant trente longues minutes avant d’être secouru. Ce jour-là, quelque chose s’est figé en lui. Ce choc émotionnel a, par la suite, laissé des traces.

Il a commencé par arrêter l’escalade, pour quelques semaines, le temps de se remettre de ses émotions. Puis il s’est tenu en retrait quand les autres s’approchaient du bord des falaises. Puis il n’arrivait plus à aller en montagne. Des années plus tard, monter un escalier extérieur lui est devenu impossible. Le cerveau n’a pas seulement retenu que l’escalade était dangereuse ce jour-là. Il a progressivement étendu le danger au vide sous toutes ses formes, bien au-delà de la scène d’origine.

C’est ce qu’on appelle la généralisation : le cerveau associe au danger non seulement la scène d’origine, mais tout ce qui lui ressemble, de près comme de loin. Une peur qui commence par un contexte très précis finit par s’étendre à des situations de moins en moins liées à l’événement initial.

Mais nul besoin d’être victime pour développer une phobie, être témoin suffit. Comme cette femme qui a vu sa mère s’effondrer un samedi, au marché. La foule s’est déjà resserrée autour d’elles pour regarder et, sans qu’elle s’en rende compte, l’oppresse davantage. Les secours mettent de longues minutes à arriver. Elle reste bloquée, impuissante, avec cette sensation d’oppression qui s’accroît. Depuis ce jour, ce ne sont plus les marchés qui l’effraient au sens strict. C’est toute foule qui pourrait, à nouveau, l’envahir, l’étouffer.

Le psychiatre Bessel van der Kolk le montre dans son livre Le Corps n’oublie rien : le corps garde la trace d’un événement bouleversant même quand l’esprit ne parvient plus à se le rappeler clairement. C’est la marque d’un traumatisme psychologique qui malheureusement ne s’effacera pas tout seul.

Phobie qui se transmet au contact d'un proche, hypnothérapie Sophie Lucas

Il arrive aussi qu’une peur se transmette par simple contact avec une personne phobique. Ainsi, grandir aux côtés d’un parent qui évite systématiquement une situation peut suffire à en hériter la crainte, sans jamais en avoir vécu l’origine soi-même.

Et parfois, vous avez beau chercher, aucune scène ne remonte. Ce n’est pas un signe que vous avez oublié quelque chose d’important, ni que votre peur est moins réelle.

Le neurobiologiste Joseph LeDoux a montré pourquoi : votre cerveau traite une menace par deux circuits distincts. Un circuit rapide, qui passe par l’amygdale et déclenche la réaction de peur avant même que vous ayez consciemment identifié le danger. Et un circuit plus lent, qui passe par l’hippocampe et construit le souvenir conscient de l’événement. Quand ces deux circuits se dissocient, la peur existe, intacte, dans votre corps, même quand le souvenir qui l’a créée a disparu ou n’a jamais été consciemment enregistré.

Dans tous les cas, ce n’est jamais l’objet de la peur qui compte. C’est la perte de contrôle qu’il représente, sur une situation ou sur votre propre corps.

Pourquoi l'évitement aggrave tout

Après un accident de voiture, vous commencez souvent par éviter l’autoroute, celle où c’est arrivé. Puis ce sont toutes les autoroutes qui posent problème. Puis les voies rapides. Puis les nationales.

Vous finissez par ne plus prendre votre voiture que pour aller au travail, sur un chemin que vous connaissez par cœur. Et parfois même là, ça devient compliqué.

mécanisme d'évitement de la peur irrationnelle, Sophie Lucas hypnothérapeute

Chaque évitement vous soulage sur l’instant, c’est même tout l’intérêt de l’évitement, il fait taire l’angoisse immédiatement. Mais chaque fois que vous évitez la situation, elle confirme à votre cerveau que celle-ci était bien dangereuse. La peur se renforce au lieu de s’éteindre. C’est une boucle qui s’entretient toute seule, silencieusement, souvent sans même que vous vous en rendiez compte.

C’est ce qui rend une phobie non traitée si insidieuse. Elle ne reste presque jamais à sa taille d’origine. Année après année, elle grignote un peu plus de terrain : un trajet précis, puis une catégorie entière de trajets, puis une part de plus en plus grande de votre quotidien. Si rien n’est fait, ce n’est pas la peur qui rétrécit avec le temps. C’est votre vie.

C’est aussi ce qui rend ces peurs difficiles à repérer de l’extérieur. Vous pouvez avoir réorganisé toute votre vie autour de votre évitement et ne plus avoir de crise depuis des mois, non pas parce que la peur a disparu, mais parce que vous ne vous êtes plus jamais exposée à ce qui la déclenche.

Comment on en sort

Il n’existe pas de bouton reset pour tout effacer, faire comme si la phobie n’existait pas. Par contre, aller chercher ce qui a verrouillé la réaction, qu’une scène précise soit identifiable ou non, est souvent libérateur.

Quand un événement identifié ou identifiable a déclenché la phobie (accident, agression, chute, mimétisme, etc.), l’EMDR est tout indiqué. En effet, il permet de relancer le travail que le cerveau n’a pas pu terminer seul. Ce souvenir resté enregistré à part, de façon dysfonctionnelle, va pouvoir être retraité et digéré grâce aux mouvements oculaires. Ces stimulations alternées vont relancer le Traitement Adaptatif de l’Information, le mécanisme naturel de votre cerveau qui permet à tout souvenir d’être archivé, dans le passé. Le souvenir de l’événement reste, mais il cesse de déclencher la panique et l’angoisse. La route redevient une route. L’araignée, une petite bête parmi les autres.

Quand aucune origine précise ne peut être retrouvée consciemment, ça n’empêche pas de travailler. On s’adresse directement à l’inconscient, là où l’information dysfonctionnelle est stockée. C’est ce que nous permet de faire l’hypnose humaniste, en toute sécurité puisque c’est vous qui êtes aux commandes.

Je me souviens de cette patiente qui ne faisait plus aucun examen médical depuis plusieurs années, à cause d’une phobie des aiguilles. Elle est venue me consulter parce qu’elle devait subir une opération, et le bilan sanguin était obligatoire avant l’intervention. Le travail n’a pas consisté à chercher un événement fondateur qu’elle n’avait pas, ni à la convaincre que sa peur n’avait pas de sens, elle le savait déjà. Il a consisté à aller chercher, en elle, ce qui avait verrouillé cette réaction, pour permettre à son système de se réajuster. Elle a pu faire sa prise de sang, et se faire opérer sereinement.

Ce que ça change vraiment

Vous n’êtes pas quelqu’un qui a un problème de volonté. Vous êtes quelqu’un dont l’alarme « attention danger » ne s’est jamais éteinte.

Est-ce que vous pourrez un jour parler facilement en public ? Retourner randonner en montagne sans que vos jambes se dérobent ? Entrer dans un supermarché, un cinéma, sans repérer la sortie la plus proche ?

La réponse est oui, dans l’immense majorité des cas.

Ce que ce travail change pour vous, ce n’est pas oublier que cette peur a existé. C’est permettre qu’elle cesse de décider pour vous.

« Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre. » — Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté

Si cette peur limite votre vie plus qu’elle ne le devrait, si vous voulez qu’elle cesse de décider à votre place, je serais heureuse de vous accompagner.

Mon cabinet est à Cavaillon, entre Luberon et Durance, à la frontière du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône.